Il faut bien une fin… avant un recommencement

En ouverture et présentation, ce texte initialement publié sur le site « Ardemment.com » et repartagé ici sur wordpress par Art et Tique que je remercie vivement. Il résume assez bien les plus de 1000 pages que recouvrent les deux ouvrages que je publie sous le titre de « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es » (680 pages) et « Dis-moi ce que tu écris, je te dirai qui tu es » (480 pages). Un travail de mise en forme qui m’a pris quelques mois, durant ma convalescence. Le titre de ce texte est on ne peut plus juste aujourd’hui à quelques dix ans de distance : Plus rien ne presse.

***

Dans tous mes livres il est question d’écrivain, d’écriture, de mots (de maux ?). Le premier n’était qu’une tentative de trouver les mots, ceux que j’avais perdus. D’ailleurs, ça s’appelait Faille… composé de centaines de « on »,  propos d’autres auteurs jamais atteignables, trop sacralisés (un centon).Le texte se tenait, c’était l’histoire d’un homme qui avait tout perdu et se retrouve une nuit dans un hôtel, il n’a plus de travail, il fuit l’annonce à sa femme.

Il part. Et durant la nuit, assis à sa table, il s’endort et rêve qu’il écrit. Le lendemain matin, le livre est là devant lui. Tout écrit. Quelle merveille !

J’ai délaissé ce texte, n’y suis pas revenue, presque deux cents pages de mots des autres, d’autres si prestigieux, mis bout à bout pour former une histoire, d’autres que jamais je n’égalerai, à quoi bon ? J’ai oublié, rangé le livre dans un tiroir.

Un jour, j’ai repris les mots, ils venaient de je ne sais où,  syncopés,  douloureux, longs poèmes tirés d’une âme tourmentée, cette fois c’étaient les miens…La poésie apportant avec elle,  ces minutes heureuses, brèves fuites dans le temps, j’avais ce sentiment délicieux de faire partie d’un monde que moi seule habitais, un monde que seules la musique et la présence de la nature venaient visiter. J’ai repris l’habitude. 

Ecrire.

Je retrouvais les mots et je revenais dans le monde, ce monde où je ne savais pas trouver ma place, dans lequel je m’agitais, tentant de défendre l’être (le mien peut-être) contre l’oppression, le carcan dans lequel il sombrait depuis la nuit des temps, aveugle et sourd  aux murmures.Les mots me revenaient, ceux de la révolte… Le stylo retrouva son désir premier. J’avais pourtant  tout oublié… Et j’écrivais chaque jour des mots bruyants, tapageurs que je ne donnais à personne et dont je ne voulais pas moi même…Je haïssais ce monde et ses mots (faut-il encore entendre maux ?) je me gonflais d’orgueil et de révolte et mes mots me heurtaient violemment, s’agrippaient sans jamais trouvés à s’accrocher ailleurs que dans ma détestation. Ca m’a pris tant de temps que j’en perdais régulièrement le goût.

Et les mots toujours venaient, insatiables, incomplets, par bouts, jetés dans des centaines de carnets… rien ne se tenait et tout faisait corps. Un corps informe, massif, désespéré, toujours plus lourd, si mal nourri. 

Dans la rage et le silence, les mots se sont taris.Ils étaient pauvres à nouveau,  pauvre de moi, ne m’intéressaient plus. Je ne vivais pas le monde, je vivais de mots, ceux que je fabriquais, et de luttes… contre quoi ? Contre ce que je fuyais, contre une appartenance, pour une liberté que je ne trouvais nulle part. N’étant pas de ce monde, comment pouvais-je y trouver une liberté ?

4e de Dis moi ce que tu écris

Dès que j’ai su tenir en main crayons et  livres, c’est à dire tôt dans l’enfance, j’ai découvert deux choses essentielles : les grandes personnes avaient des secrets, et les livres contenaient plus de réponses que les grands ne pouvaient m’en donner, mes crayons eux, avaient plus de liberté qu’on ne m’en donnerait jamais.

La lecture et l’écriture détenaient les clés de royaumes inconnus qui se laissaient explorer.

Depuis lors comme Montesquieu l’affirmait « l’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé. »

Paradoxalement, alors qu’il me faut « reprendre voix », je dis encore avec Pascal Quignard :

“J’écris : 1. J’ai envie de me taire. 2. Le livre « garde » le silence.”( Petits traités 1 Gallimard)

***

Ce second Tome répond à une exigence de rassembler beaucoup de ce qui n’a jamais paru et qui encombrent mes différents postes d’ordinateur. Des notes de lecture et des essais réflexifs sur ce qui m’a conduite à me reconnaître dans les auteurs les plus exigeants, Rilke, Proust, Camus, Woolf, Perec, ainsi que mon tout premier roman, un centon composé de 421 citations d’auteurs illustres (mémoire de Master I), un « dialogue intérieur » intitulé le Fil d’Ariane, écrit avec l’amie poète Marilyse Leroux, au fil de nos conversations sur la messagerie de facebook, durant l’année 2015 ; une tentative de définition de la poésie à la manière de Ferlinghetti, etc…

Les thèmes abordés y sont communs à beaucoup d’écrivains et universels : pourquoi écrit-on ? Mort et métamorphoses, fugacité de la vie, souffrance et nécessité de porter la parole pour et à ceux qui ne l’ont pas…

On y trouvera plus encore que dans le premier ce qui constitue ma « voix ». Avec Rilke, la leçon de vie se trouve dans le « religieux » que commande la vocation d’écrire, parfois au détriment d’autres passions (amoureuses notamment)  ; avec Camus, les notions d’absurdité et la beauté de la nature ; avec Woolf, la vie intérieure et la parole nécessaire des femmes. Le long entretien donné au journal Le Novelliste (Haiti) sur la lecture tient lieu de ce qu’est ma « bibliothèque idéale ».. 

« Quand tout ce que tu fais n’a plus d’importance, la seule chose importante est ce que tu fais ».

2 commentaires sur “Il faut bien une fin… avant un recommencement

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑